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aaaaaaaaaREINVENTER LA MEULE DE FOIN

Némaoua BANAON, zootechnicien
Dr Yamba Clément OUMSAONRE, vétérinaire
Et collaborateurs

Soutien financier : Bureau de la Coopération Suisse Ouagadougou

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaSeptembre 2005


SOMMAIREbas


INTRODUCTION
I. Problématique de conservation des réserves de foin en saison sèche
a. Les modes de conservation


i.Les modes traditionnels
ii Les modes modernes
iii Quelques exemples dinfrastructures promues par les associations et les services agricoles.


Fenil à toiture en terrasse (Type DOTOKA)
Etable-fenil (PDISAB)
Fenil à toiture en tôles


b. La problématique de conception dinfrastructures de conservation du foin
c. Les outils et méthodes de travail


II. Résultats et discussions / Confection dune meule améliorée


b. Comparaison sommaire de la valeur nutritive des foins récoltés et conservés dans la meule et le fenil
c. Comparaison des coûts économiques et financiers des modes de conservation du foin
d. Les aspects liés à la diffusion de linnovation
e. Impact sur lenvironnement
f. Comparaison de la meule et du fenil


BIBLIOGRAPHIE


SIGLES


1. APESS : Association pour la Promotion de l’Elevage dans les Savanes et du Sahel

2. CEFRAP : Centre d’Etudes de Formation et de Réalisations Agropastorales.

3. PAVE : Projet d’Appui à la Vulgarisation en Elevage.


4. PDISAB : Projet de Développement Intégré, Sanguié-Bulkiemdé.

5. PNGT : Programme National de Gestion des Terroirs


6. RECOPA : Réseau de Communication sur le Pastoralisme.


INTRODUCTION


La présente brochure s’adresse en priorité aux pasteurs , agro-pasteurs, aux nouveaux acteurs du sous secteur de l’élevage, aux techniciens et aux associations qui accompagnent les éleveurs en général dans la recherche de solution à un problème primordial qui est l’alimentation des herbivores en saison sèche. C’est le résultat d’une recherche action menée entre octobre 2004 et avril 2005 sur trois zones différentes : Centre, Est et Sahel au Burkina Faso, grâce à l’appui financier du Bureau de Coordination de la Coopération Suisse au Burkina Faso à travers son appui au Réseau de Communication sur le Pastoralisme.


I. Problématique de conservation des réserves de foin en saison sèche

a. Les modes de conservation


i. Les modes traditionnels

Traditionnellement, les pasteurs font peu de conservation de foin car les besoins importants ne sauraient être satisfaits !
L’alimentation et la complémentation des animaux se font avec des résidus de récoltes et surtout en pâturage direct sur les champs. Cependant, dans les milieux plus agro-pastoraux, on ramasse et on forme des stocks de tiges de plusieurs manières : dans les branches d’arbres, sur des hangars ou dans des cases comme le montrent les quelques exemples suivants :

ii Les modes modernes

La fauche et la conservation de l’herbe naturelle étaient surtout destinées à des animaux spécifiques : les chevaux, les bovins de trait…
Depuis deux décennies déjà les services de vulgarisation agricoles et les associations de promotion de l’élevage dans le Sahel ont mis l’accent sur la construction d’infrastructures spécifiques de conservation de foins naturels en mettant l’accent sur les techniques de fauches.

iii Quelques exemples d’infrastructures promues par les associations et les services agricoles.

Il peut être construit selon les dimensions classiques ou en augmentant la hauteur latérale pour augmenter sa capacité. Dans ce cas, il faut veiller à renforcer le fenil avec des piliers (situés à l'extérieur) sur les côtés Est et Nord notamment : la charpente de la toiture devra être constituée de poutres et de perches de qualité (avec du matériel qui est fonction des moyens) et l'utilisation de la bâche entre deux couches de seccos est vivement conseillée. L’association APESS a eu le grand mérite de faire du fenil un outil d’identification de ses membres, ce qui a donné une grande envergure à son action.


Sa réalisation coûte plus cher que le modèle précédent mais son entretien est plus facile et le bâtiment est plus résistant

Toutefois, la toiture consomme beaucoup de bois (poutres, lattes) et peut être renforcée avec la bâche.


Il s'agit simplement d'un fenil à double pente divisé longitudinalement en deux compartiments par un mur haut de 1,20 à 1,50 m. La partie destinée au stockage du fourrage est plus large que l'autre. La toiture peut être en chaume (avec bâche) ou en tôles.
Le toit peut être à double pente mais pour rendre la construction plus aisée, le PAVE a opté pour une pente unique orientée vers le sud. Le modèle choisi existe sous deux variantes dont la différence réside essentiellement dans le fait que l'une a une capacité qui est le double de celle de l'autre. Les principales caractéristiques de ce type de fenil sont les suivantes :

- Orientation : Est-Ouest, avec les longueurs situées au Nord et au Sud.
- Petite hauteur (côté pente) : 2,5 à 3 m
- Grande hauteur: assez haute (au moins 2,8 à 3,30 m) pour dégager une pente suffisante.

b. La problématique de conception d’infrastructures de conservation du foin

Une question générale est posée :

Comment satisfaire les besoins nutritionnels des animaux d’élevage en saison sèche ?

Les questions spécifiques auxquelles la recherche action s’est intéressée sont :
- Quelles Différences de perte d’eau existe-t-elle entre le foin de la meule et celle des fenils ?
- Quels sont les avantages et inconvénients de la meule et des différents types de fenils ?
- Comment améliorer la diffusion des méthodes de conservation de foin de qualité ?
Les objectifs spécifiques visés par la recherche action sont :


1. Comparer la valeur nutritive des foins dans trois systèmes de conservation du foin
2. Comparer le coût des investissements des différents systèmes de conservation
3. Analyser les contraintes en temps de travail et celles liées à la vulgarisation
4. Analyser les contraintes environnementales

c. Les outils et méthodes de travail


Une hypothèse de travail a été formulée :
Le rapport qualité/prix et la facilité de diffusion des méthodes de conservation du foin sont en faveur de la meule.
Les activités menées :
- Discussion avec les éleveurs devant mener le test
- Choix des sites en fonction de la disponibilité des éleveurs et de l’accessibilité au mois d’octobre 2004
- Confection de trois meules de foin à Fada N’Gourma, Koria (Dori) et Saaba
- Réfection et remplissage de 4 fenils à Fada NGourma, Koria, Gorom Gorom et Saba
- Prélèvement et analyse des échantillons en laboratoire
- Evaluation économique et financière
- Analyse et discussion des résultats avec les promoteurs
- Visite de démonstration
Toutes les activités ont été menées sauf la visite de démonstration mais il a été plus difficile de respecter le calendrier de travail pour multiples raisons.
Une méthode empirique de quantification du foin a été appliquée par le poids volumique du foin en estimant le pourcentage de perte d’humidité.

II. Résultats et discussions / Confection d’une meule améliorée

a. Les étapes de confection d’une meule améliorée

Les étapes de confection sont les suivantes :

1. Elaboration de la base de la meule sur la claie
2. Fabrique et placement des briques et ciment de foin sur la base
3. Finition de la meule
4. Peigne ment de la meule
5. Coiffage de la base de la meule
6. Mise des attaches de sécurité
7. Protection de la meule contre les termites (épandage de sel)

Photo 1 : Fauche de l’herbe

Photo 2 Prefanage

Photo 3 Construction de la base de la meule : la claie

Photo 4 : Remplissage de la meule

Photo 5 : Remplissage de la meule ou bourrage du cœur

Photo 6 : Remplissage de la meule fabrique des briques et ciment

Photo 7 : Finition peignement coiffage de la meule

b. Comparaison sommaire de la valeur nutritive des foins récoltés et conservés dans la meule et le fenil

Noms échantillons



% Matière sèche



% Matière minérale



% protéines brutes



% Matière grasse brute



% Cellulose brute



% ADF



% ADL



% NDF



Couche profonde meule 95,32 11,97 4,27 4,34 28,12 46,19 0,26 73,50
Fenil 95,24 10,49 4,15 5,55 27,34 46,15 0,26 72,59
Couche superficielle meule 95,46 10,61 3,92 4,65 25,76 46,15 0,26 70,83

Résultats d'analyse bromatologique
Source : Laboratoire nutrition animale de l’IDR, Ouagadougou, février 2005, espèces graminées, pennicetum dominant avec quelques légumineuses
Après 5 mois de conservation, il n’y a aucune différence de variation de teneur en eau et quelques nutriments entre le foin de la meule et celui du fenil.

c. Comparaison des coûts économiques et financiers des modes de conservation du foin

Type fenil:   APESS DOTOKA grand forma DOTOKA petit forma
      Quantité Montant    
1. Mur            
briques 2000 40 000 3 500 70 000 2 250 45 000
banco (charrettes) 10 5 000 15 7 500 8 4 000
main d'œuvre   15 000   30 000   15 000
    60 000   107 500   64 000
2. Toiture            
poutres de 5m 2 3 000 16 24 000
7 10 500
perches 40 10 000        
lattes     1 300 6 500 600 3 000
seccos
20

20 000

 


   
bâche 20 10 000 20 10 000 10 5 000
gouttières     8 2 800 4 1 400
banco     15 7 500 8 4 000
main d'œuvre   10 000   15 000
  7 500
    53 000   65 800   31 400
3.Crépissage          
argile(charretée) 5 2 500 6 3 000 4 2 000
sable (charretée) 10 5 000 12 6 000 8 4 000

goudron (boîte)

4 6 000 5 7 500 3 4 500
pétrole (en l) 6 3 450 8 4 600 4 1 200
main d'œuvre   12 500   15 000   8 000
TOTAL   29 450   36 100   19 700

4. damage sol

  5 000   6 000   3 000
5. porte 1 10 000 1 10 000 1 10 000
6. claie   10 000   6 000   4 000
7. produit phyto   6 000   3 200 1 3 200
8. transport   3 200        
Total   166 650   234 600   135 300
Sans crépissage   137 200   198 500   115 600

Source: PAVE, 2002 mis à Jour par nous Grand modèle 10mx 5mx3m
Evaluation du coût des fenils
Evaluation sommaire du coût de confection d'une meule de foin de 4 tonnes de foin.

Rubriques Désignation CU Quantité Montant
Travail Hommes/ jour manœuvre 1 500 15 22 500
Transport charrettes 2 500 5 12 500
Matériels location matériel de fauche : faux, coupe- coupe, fourche, râteau 2 500 1 2 500
Huile de vidange 250 2 500
piquets en bois 100 9 900
16 traverses en bois pour claie 100 16 1 600
cordes 500 2 1 000
Sel 250 2 500
Total       42 000

Il est sans doute hasardeux en se basant sur les valeurs absolues des coûts de confection, de vouloir affirmer rapidement la rentabilité financière de tel système par rapport à l’autre sans les confronter à l’épreuve de la diffusion de l’innovation ; un suivi plus rapproché des stocks et de la qualité des foins dans plusieurs types de production (atelier d’embouche, bovins de trait, production de lait…) permettra d’affirmer l’hypothèse. Cependant, les contraintes de travail et d’investissements pour la confection des fenils font pencher la balance en faveur des meules.

d. Les aspects liés à la diffusion de l’innovation

Du seul avis des éleveurs qui ont mené le test, il est sans doute plus aisé de confectionner une meule qu’un fenil ; une des contraintes majeures est de mobiliser la main d’œuvre sans défaillance à des moments précis de l’année qui correspondent à la période de récoltes (septembre à novembre au sahel). On peut aussi s’étonner que jusque là, tous les efforts des institutions de recherche et de vulgarisation ont mis plus l’effort dans la mise en botte du foin et de la construction des fenils. Autant on peut améliorer la protection des meules par un grillage ce qui augmenterait le coût, il y a aussi la possibilité de confectionner plusieurs meules sur une même exploitation, ce qui permet de mieux rentabiliser le travail saisonnier.

e. Impact sur l’environnement

L’usage de la meule intervient par ricochet dans la préservation de l’environnement ; autant il est vrai que le fenil est l’abri idéal pour le foin de qualité, la meule permet dans les conditions actuelles des pays du Sahel de stocker du foin à volonté selon les prévisions de l’éleveur.
L’usage d’une grande meule permet de couvrir les besoins de production d’un troupeau moyen de 10 têtes de bovins, ou d’un troupeau de 35 têtes d’ovins, ce qui contribue à réduire le séjour des animaux en veine pâture pendant les 3 mois de grande pénurie de mars à mai. Pour que l’impact soit plus grand, il faudra chercher à couvrir les besoins d’au moins trois quart du troupeau d’une région. Ceci pourra ainsi diminuer les effets néfastes du piétinement des animaux sur les sols fragiles mais aussi diminuer les mauvaises pratiques de certains transhumants qui émondent les arbres sans tenir compte des capacités de ces derniers à se reconstituer.


f. Comparaison de la meule et du fenil

Méthode de conservation Facteurs Avantages Inconvénients
Meule Le travail



15 hommes/j soit 5 personnes pour trois jours en temps plein permet de réaliser une grande meule jusqu’à la finition. Remplissage en continue ; pas de rupture dans la réalisation.
La qualité du foin Quasiment égale mais plus adaptée aux graminées qu’aux légumineuses

On perd la couche superficielle d’une épaisseur de 5 à 10 cm
La quantité de foin Difficile à comparer car on peut réaliser plusieurs meules
- La méthode de meule peut faire stocker plus de foin que celle du fenil car Q= f(N) ( Quantité de foin en fonction du Nombre de meule) est plus élevée si plusieurs meules sont réalisées )
Multiplication du nombre de meules en fonction des besoins
Le coût de réalisation Moins coûteux car c’est une infrastructure de fortune
Demande peu de main d’œuvre spécialisée
Peut contribuer à précariser les campements de pasteurs
Adaptation aux pratiques - Facile à diffuser sans appui financier aussi bien chez les pasteurs que les agro- pasteurs
- Facile à confectionner
- Entretien facile
- Peut être descendu et stocké en fenil ou en grange
- Réalisable en campement pour les transhumants

-Sensibilité aux intempéries
(risque de dégradation de la couche superficielle par le soleil)
-Besoin de surveillance contre les feux
-Carbonisation du cœur de la meule par la combustion de l’azote si le foin est mal séché.
Durabilité et fonctionnalité - la meule dure une campagne de production de foin : 5 à 6 mois ; on programme ses besoins Obligation de planification de la production
Impact sur l’environnement Moins de dégradation si non peu significatif si on remplace la claie en bois par du fer  
Diffusion Facile à intégrer dans le calendrier agricole et en mobilisant la bonne action à travers la solidarité.  
Fenil

Le travail

15 jours/homme de travail mais plus difficile car il faut une mise en botte pour mieux gérer l’espace

 

Mobilise tant une main d’œuvre pour la construction que pour le remplissage

 

La qualité du foin Garantie d’une meilleure qualité si les condition de fauche et de fanage ont été respectées
Sans distinction d’espèce, il peut tout conserver
 
La quantité de foin Difficile à comparer car c’est en fonction de la taille du fenil ; à volume égal, le fenil peut contenir plus de foin mais il faut un bon bottelage.  
Le coût de réalisation -Plus coûteux en réalisation
-Convient plus à un élevage sédentaire et chez les agro- pasteurs
 
Adaptation aux pratiques -Réalisable en sédentarité
-Bonne protection contre le soleil
-Convient plus à l’élevage intensif (stabulation)
- Crée un emploi et une expertise chez les artisans ruraux
- Crée une mise en valeur de l’exploitation

- Besoin de surveillance contre les feux

-Carbonisation du cœur des bottes par la combustion de l’azote si le foin est mal séché

Durabilité et fonctionnalité - Bâtiment durable : 3 ans banco
- multifonction : peut être utilisée comme étable d’engraissement ou autres usages
Réfection du toit tous les 3 ans au moins
Diffusion Dans un programme de développement, visibilité de l’investissement pour les partenaires Difficile à diffuser sans appui financier : la mise en botte exige un minimum de matériel ; la toiture

 


BIBLIOGRAPHIE

Pratique de la fenaison pour l’alimentation des animaux domestique en saison sèche, avril 1998, PNGT

Manuel du technicien : production et gestion de stocks fourragères, PAVE

Appui technique et matériel pour la construction des fenils, PAVE, novembre 2002

JAWDI MEN, N°1, APESS, Mars 1993

Le Mémento de l’agronome, édition 1991

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cefrap, 09 BP 822 Ouaga, appui au RECOPA, diffusion résultats recherche action sur le foin, septembre 2005,
financement : BUCO Suisse-Ouagadougou